Si Bucarest est appelé le Petit Paris c’est par une importante influence française sur son architecture, sa culture et son art de vivre.
En effet avec ses élégants boulevards surtout Calea Victoriei, son Arc de Triomphe et ses magnifiques immeubles certaines places et autres quartiers peuvent parfois prendre des allures parisiennes. Il faut dire que les relations entre la France et la Roumanie sont anciennes, en raison entre autre parce que la langue française a marqué d’une empreinte profonde l’éducation de la haute société roumaine et qu’elle fut ensuite adoptée par tous les intellectuels et l’élite politique comme symbole de liberté, de modernité et d’ouverture à l’Europe.

De plus, il ne faut pas oublier que la France a joué un rôle significatif dans l’indépendance de la Roumanie notamment à travers le soutien de Napoléon III et l’influence de son modèle politique et culturel.
En visitant cette belle capitale j’ai aussi été particulièrement frappée par la profusion des espaces verts, plusieurs parcs apportent fraicheur et sérénité au coeur même d’une ville trépidante ; c’est surtout la variété et la beauté des fleurs qui m’ont enchantée, notamment les massifs de roses qui sont tous somptueux dans la ville, les jardins et les parcs. La tradition est aussi très répandue dans ce pays de fleurir abondamment les entrées des immeubles, les salles de restaurants ou les portes des boutiques.
L’Arc de Triomphe est l’un des monuments les plus emblématiques de Bucarest, il symbolise l’unité roumaine et les sacrifices de la nation pour son indépendance.
Le monument le plus imposant et le plus important de la ville est sans aucun doute le Palais du Parlement, un édifice colossal et délirant qui représente les traces indélébiles du communisme, il trône au bout du non moins mégalo boulevard Unirii que Nicolae Ceaușescu le dictateur roumain, a voulu le plus gigantesque possible pour rivaliser avec les Champs Elysées.

Il reste néanmoins le monument le plus controversé dans le monde, car il a fallu détruire 5km2 de la ville pour sa construction faisant ainsi disparaitre des immeubles historiques et déplacer plusieurs milliers d’habitants. Dressé sur une petite colline cet édifice hors norme symbolise à la fois le triomphe et la tragédie du passé récent de ce pays. Aussi hallucinant qu’impressionnant !
Le petit Athénée Roumain qui constitue le cœur de la tradition musicale classique roumaine vaut le détour, je le trouve majestueux avec ses élégantes colonnes et sa superbe coupole. Si nous n’avons pas eu le plaisir d’assister à un concert dans son auditorium, nous avons toutefois beaucoup apprécié le célèbre concerto baroque Les quatre saisons de Antonio Vivaldi interprété par des musiciens et talentueux virtuoses roumains à la Sala Radio, bien connue pour son acoustique mais avec une architecture à forte tendance communiste.
La ville comporte plusieurs Musées prestigieux tant historiques qu’artistiques, notamment le Museum Art Collections qui nous a permis de découvrir le talent incontestable des artistes roumains et des dessins inédits de Van Gogh. 
Les librairies ont attiré notre attention, la librairie française en particulier qui est tenue par une française et qui m’a conseillé deux livres, et bien évidemment l’incontournable Carturesti Carusel tellement originale avec son décor époustouflant revisité d’une ancienne banque du 19ème s., nous n’oublierons pas la librairie Bizantina plus intimiste, mais non moins surprenante, car elle vend à la fois des ouvrages anciens remarquables, de ravissantes icônes et même des bouteilles de vins !
La vieille ville dite Lipscani raconte les origines de la capitale, avec sa belle collection d’églises orthodoxes des 17 et 18ème s., et ses anciens cafés et restaurants tous installés dans de belles villas d’époque.
Depuis mon voyage en Russie, j’ai développé une véritable fascination pour les icônes représentant la Vierge et l’enfant, j’avoue donc avoir été totalement comblée à chacune de mes visites dans les divers édifices religieux emblématiques de Bucarest.
Comme l’Eglise Stravropoléos égérie du style Brancovan pour ses fresques, ses stèles et son choeur byzantins, en passant par l’élégant Monastère de Radu Voda puis par la Cathédrale Patriarcale, principal lieu de culte orthodoxe de la ville jusqu’à l’Eglise de Bucur, véritable petit bijou dont le nom est lié à Bucur le berger
comme fondateur de Bucarest. Au cours de ces différentes visites, nous avons même eu la chance d’assister à une bénédiction nuptiale traditionnelle.
A chaque fois je peux dire que l’émerveillement était au rendez vous !
Comme vous le savez déjà j’ai un attrait prononcé pour les cafés et les restaurants mythiques. (*) Ils dégagent en effet une atmosphère particulière dû sans doute au fait qu’ils conservent encore longtemps après qu’ils sont passés, l’empreinte de leurs illustres clients. A Bucarest le Caru’cu Bere (la Charrue avec de la Bière) incarne parfaitement ce mélange unique de tradition et d’élégance. Lieu de rencontres des intellectuels et des artistes il est fondé en 1879 dans un bâtiment de style néogothique au coeur de la vieille ville. Il a conservé tout son charme et nous avons pu y admirer ses sublimes vitraux et ses boiseries sculptées tout en nous laissant bercés par le récital inattendu de trois jeunes violonistes. Venir s’attabler dans la cour centrale de l’Hanu’lui Manuc, la plus vieille auberge de la capitale est une expérience vraiment délicieuse, l’ambiance dans ce vaste caravansérail construit par un riche marchand arménien en 1808 y est unique et son gâteau au chocolat tout autant. Un cadre très chic pour Le Zexe un restaurant qui nous été vivement recommandé par des connaisseurs et qui, pour notre plus grand plaisir, a totalement ravi notre palais et nos papilles.
Enfin j’achèverai cette chronique culinaire, par une détour à la Brasserie Mita Biciclista, plus précisément pour prendre un verre sur sa terrasse Bleu Klein installées au rez de chaussée d’une des résidences les plus remarquables de la haute société de l’époque, l’hôtel particulier de la mondaine Maria Mihăescu (surnommée Mitza la Cycliste). Une femmes qui par sa personnalité a incontestablement dominé la vie bucarestoise de l’entre-deux-guerres, tant par son extravagance, ses aventures avec les grandes personnalités du moment, et par son incroyable modernité.
Comme à notre habitude pour échapper à l’agitation urbaine nous avons fait une petite escapade, non pas pour nous rendre en Transylvanie pour visiter le soi-disant Château de Dracula mais pour rejoindre la ville de Sinaia. Cette charmante ville possède également un château de légende digne d’un conte de fée, le Château Pelès qui se distingue par son style éclectique mêlant éléments gothiques, baroques et Renaissance. A l’orée de la forêt, majestueux et splendide, il se dresse fièrement au sommet d’une colline. Il a servi de résidence d’été à la famille royale jusqu’en 1947, depuis 1989 il devenue un musée, offrant un aperçu de la vie royale roumaine et du goût artistique de la reine Marie.
Pour conclure nous avons trouvé beaucoup de plaisir à partir à la découverte de Bucarest dont l’histoire est incroyablement riche. De ses palais bourgeois qui rappellent la période de sa splendeur malgré quelques aspects décadent actuels, à ses méga constructions de blocs communistes qui abritent encore les chapitres plus sombre de son passé.
La révolution roumaine de 1989 a marqué un incroyable tournant dans l’histoire de cette capitale. La chûte du régime Ceausescu a en effet ouvert la ville à la démocratie qui a permis ensuite une rapide modernisation du pays, une transformation remarquable qui a su cependant conserver un certain équilibre avec les exigences d’une capitale Européenne moderne et la riche histoire de ce pays.
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* Revoir l’article : http://akaba2007.unblog.fr/2017/03/11/my-word-tour-of-mythical-cafes/
